Convention 2016


ENTRETIEN

Patrick Gasser : « La médecine générale ne peut pas tout faire à elle seule pour l’efficience du système »

Par Catherine Sanfourche (Le Cardiologue n° 395 - Octobre 2016)

Mis en ligne le 3-11-2016
Le président de l’Union des Médecins Spécialistes (UMESPE) confédérés revient sur les raisons qui ont conduit la CSMF à ne pas signer la nouvelle convention. Il déplore notamment que l’expertise de spécialistes ne soit pas reconnue à sa juste valeur.

La CSMF n’a pas signé la convention. On sait que les généralistes confédérés étaient majoritairement favorables à une signature, pas les spécialistes de l’UMESPE. Pourquoi ?

Patrick Gasser. Les spécialistes ne veulent pas de la convention parce qu’on ne les reconnaît pas à leur juste valeur. Ce que nous voulons à l’UMESPE c’est la valorisation de l’expertise du médecin spécialiste qui ouvre un avenir. Nous sommes dans un système moribond dans lequel on ne valorise plus notre spécificité, notre parcours.

Cette convention est clivante entre les médecins de secteur 1 et ceux de secteur 2, entre les chirurgiens et les anesthésistes. Des modifications comme celles sur le J ou le K n’impactent que les chirurgiens et pas les anesthésistes et la hiérarchisation des actes mise en place par la CCAM il y a vingt ans est mise à bas. Certes, les spécialistes auront quand même 2 euros de plus sur leur C, mais, là aussi, on clive puisque la mesure ne sera effective pour eux qu’en juillet 2017 alors qu’elle interviendra au 1er mai de l’année prochaine pour les généralistes. Sans compter que ce n’est pas avec une augmentation de 2 euros qu’on persuadera les jeunes médecins de s’installer. Il faut nous donner les moyens de monter des groupes et de les faire fonctionner.

Voilà, en gros, pourquoi nous avons refusé de signer cette convention. Ce que nous voulons, c’est libérer du temps pour le médecin expert par des délégations de tâches et construire des équipes territoriales avec une expertise du spécialiste valorisée à 75 euros, voire plus.

N’y-a-t-il aucune mesure positive dans cette convention ?

P. G. Si, bien sûr, il y a quelques avancées tarifaires comme le C très complexe à 60 euros et l’avis de consultant à 60 euros également. Mais ces valorisations sont très, trop, ciblées. Des études de la CNAM avaient montré que les consultations très complexes concernaient environ 10 % de l’ensemble des consultations, alors pourquoi ce ciblage à quelques cas de consultations très complexes ? Nos propositions d’une consultation à quatre niveaux ont été dénaturées. L’Assurance Maladie a peur d’une dérive et pense que la médecine générale à elle seule fera tout pour l’efficience du système. Mais c’est une erreur. On voit aujourd’hui le NHS britannique (NDLR : National Health Service), qui a joué à fond cette carte de la régulation par la médecine générale, réclamer davantage de spécialistes de proximité ! Avec la consultation semi-urgente sous 48 heures, pour laquelle les spécialistes ont obtenu une majoration de 15 euros, l’Assurance Maladie a fait heureuse- ment montre de plus de compréhension. Ses responsables ont compris que cette mesure était de nature à faire diminuer les hospitalisations et à favoriser des hospitalisations pertinentes dans les services adéquats. C’est un gain d’efficience quasi immédiat et donc d’économies pour l’Assurance Maladies. Enfin, l’Option Tarifaire Maîtrisée (OPTAM) est un Contrat d’Accès aux Soins un peu amélioré : en cas d’augmentation de tarif, cette augmentation profite pour moitié au patient et pour moitié au médecin. C’est une bonne chose. En revanche, le changement dans la prise en charge des cotisations sociales du médecin n’en est pas une. En effet, antérieurement, dans le CAS, cette prise en charge se faisait à l’euro près. Elle sera désormais approximative, en fonction des taux de charges de chaque spécialité, et payée aux praticiens dans l’année, alors même que les cotisations sont payées à n + 1. En outre, nous n’avons pas pu obtenir l’élargissement de cet espace de liberté qui permettrait de structurer au mieux nos cabinets. En ce qui me concerne, je suis favorable à une contractualisation avec l’Etat pour la prise en charge d’un territoire.


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